Il songeait donc à la nécessité d'un exil lorsqu'était venu l'ordre d'exécuter le portrait de la reine-mère. Cet ordre renfermait un prétexte respectable pour éloigner son départ, aussi s'y était-il rendu avec joie.
Depuis plusieurs jours il était donc au travail, et le tableau prenait bonne tournure.
Ce matin même, son maître Duchesne avait promis de venir y donner un coup d'œil, et il n'attendait pas sans appréhension cette visite, si importante non seulement pour son œuvre actuelle, mais pour la sanction de son talent.
Un petit cercle de dames, amies de Marie de Médicis, se tenaient groupées dans la chambre, non loin d'elle, causant et travaillant, autant que peuvent travailler des femmes de la cour en présence d'une Majesté.
Entre elles, nous en citerons deux qui causaient peut-être un peu, mais qui, pour sûr, ne faisaient pas grande besogne. Henriette et Louise tenaient chacune un morceau de tapisserie, mais elles piquaient leurs doigts plus souvent que le canevas, car leurs regards et leur attention étaient du côté du peintre.
Si elle eût été moins distraite, Louise eût remarqué dans son amie les symptômes d'un trouble, d'une anxiété peu ordinaires.
La fille du maître peintre était évidemment sous une appréhension très vive. Tour à tour son visage se colorait jusqu'au rouge cerise, pour redevenir, l'instant d'après, pâle comme un suaire. Ses grands yeux avaient une expression de sauvagerie singulière, et sa poitrine étouffait à grand'peine les soupirs prêts à s'en échapper.
Enfin, ayant consulté l'horloge qui se dressait en face d'elle, entre deux croisées, dans une longue boîte d'incrustations et de ciselures, elle parut ne plus y tenir. L'heure qui s'avançait rendait sa crainte plus pressante.
—Mon père ne va pas tarder, fit-elle bas à l'oreille de Louise.
Celle-ci la regarda et s'aperçut alors du désordre de ses traits.