Le jeune peintre put donc se rendre chez le cardinal, organiser son chevalet, installer ses appareils pour ménager la lumière, étaler son arsenal tout à son aise.
Richelieu, enchanté de jouer ce tour à son confident, était radieux. Il aidait l'artiste dans ses soins divers et prétendait, quoi qu'il en eût, faire une partie de son ménage de palettes et de pinceaux.
La bonne humeur du ministre était stimulée aussi par une autre raison. Depuis sa lettre à la duchesse, il savait pertinemment qu'elle avait cessé de se rencontrer avec Châteauneuf; aussi, non seulement celui-ci n'était pas venu avec elle à la séance du portrait de la reine-mère, mais on ne les avait vus nulle part ensemble.
Il attribuait naturellement à l'éloquence de son style ce signe favorable, et quoi qu'en eût dit l'oracle de frère Jean, il désespérait moins d'assouplir cette beauté rebelle.
D'une autre part encore, d'habiles compères ne cessaient d'accréditer, depuis un certain temps, de méchants bruits contre le garde des sceaux; bruits vagues et spécieux comme toutes les calomnies, car Châteauneuf était un homme d'État irréprochable. Mais on l'accusait d'entraver, par son caractère despotique, la marche des affaires, de trop sacrifier ses amis, et surtout, ce qui était le grief capital de cette cour livrée au cardinal, d'entretenir des rapports avec les adversaires de ce dernier.
Or, nous savons que dans l'estime de Richelieu, être son ennemi, c'était être l'ennemi du roi.
On ne pouvait savoir ce qui s'était dit chez la reine-mère, mais, chose pire assurément, on connaissait l'existence de ces réunions et les noms de ceux qui s'y étaient montrés.
On évitait, bien entendu, de mêler à ces bruits les rapports de la duchesse avec Châteauneuf, et cette réserve les rendait plus dangereux, en témoignant que la disgrâce du garde des sceaux ne tenait plus qu'à un fil, et qu'on voulait en dissimuler la cause véritable sous le fallacieux couvert d'un intérêt d'État.
Châteauneuf, absorbé par son amour, refusait de reconnaître l'imminence de ce péril. Mais Chevreuse, dont la tendresse avivait le tact, ne s'y méprenait pas; déjà elle manœuvrait en conséquence.
Richelieu, cédant aux insistances respectueuses de l'artiste, confus des soins qu'il lui voyait prendre, consentit à la fin à s'asseoir, mais de manière à observer les dernières dispositions de son nouveau peintre, puis la séance commença.