Le gouverneur du Louvre, homme prudent et sage, ayant eu vent de ces récits, et craignant qu'ils ne cachassent quelques manœuvres ou quelques méchantes entreprises, résolut de s'en éclaircir et d'y mettre un terme.

Les apparitions ne paraissaient pas s'opérer d'une manière régulière ni quotidienne. Il prit le parti de ne confier la garde de la région du palais où l'on assurait les apercevoir qu'à des hommes sûrs. Chacun de ses meilleurs officiers et les gardes suisses furent chargés de ce poste, avec une consigne sévère, pour surveiller la sûreté des cours et rechercher tout symptôme de bruit ou d'alerte.

Une semaine presque entière se passa sans amener aucun indice, quand vint le tour d'un officier connu comme esprit fort autant que bon soldat.

Ses vigies reçurent injonction de porter tout leur intérêt sur l'objet signalé et de l'appeler si les spectres menaçaient d'apparaître.

La première partie de la veille s'était accomplie sans alerte. Mais un peu après une heure du matin, un hallebardier suisse, de faction vers la porte Saint-Germain-l'Auxerrois, jeta tout à coup le cri d'alerte.

Le poste entier débusqua aussitôt, et les soldats, moins affermis contre la superstition que contre les arquebuses, aperçurent distinctement une forme blanche qui traversait lentement les espaces intérieurs du Louvre.

La clarté brumeuse de la nuit l'enveloppait d'une vague auréole, et le suaire qui la recouvrait, pareil à un manteau de marbre, n'agitait pas ses plis au souffle de l'air.

Impassible et muette, le cri de la vigie, le bruissement des armes, n'avaient pas inquiété son oreille de pierre, et l'officier, entouré de ses dix hommes, s'avançait sur ses traces, sans qu'elle modifiât, pour la ralentir ou la hâter, sa marche rigide.

Les Suisses avaient le frisson; l'officier lui-même éprouvait un sentiment de surprise voisin de l'inquiétude.

Vainement, à deux reprises, fit-il entendre d'une voix impérieuse le Halte-là! et le Qui vive? réglementaires.