—Rendez-vous! cria celui qui paraissait le chef des bandits.

—Jamais! répondit le jeune homme; et, d'un geste indigné, il leur jeta son feutre au visage.

La lune vint alors éclairer en plein ses traits, et la noblesse, la splendeur de son front causèrent à ses antagonistes une involontaire impression.

Ce front, où rayonnait l'intelligence et la résolution, était celui de Philippe de Champaigne.

C'était bien lui, notre héros, poussé par sa mauvaise étoile entre les mains de cette dangereuse escouade.

Il n'était pas coureur de nuit pourtant; son caractère droit et rigide ne donnait pas dans ces excès ni dans ces extravagances. Une circonstance,—dirons-nous heureuse ou fatale?—l'avait contraint à cette pérégrination dans un centre plus fréquenté par les malandrins que par les honnêtes passants.

Il y avait une demi-heure environ, le père Joseph était venu ouvrir la cellule, la prison où il le retenait, et où lui seul pénétrait et pourvoyait à son strict nécessaire avec la ponctualité d'un geôlier, dont il avait les allures et la vocation. Et de ce ton doucereux auquel il était si dangereux de se fier:

—J'apporte la bonne nouvelle! s'était-il écrié à l'oreille de son captif, qui dormait sur son grabat... Debout, monsieur Philippe!

Celui-ci se croyait en proie à un mauvais rêve et ne se hâtait pas d'ouvrir les yeux.

—C'est moi, mon cher peintre, moi, votre véritable ami et protecteur; ne reconnaissez-vous pas le père Joseph?