Son esprit triste, son humeur chagrine, son amour pour la retraite se modifiaient par miracle, et chacun murmurait tout bas avec surprise, avec admiration, le nom du génie bienfaisant dont cette révolution était l'œuvre.
Le lecteur le connaît aussi ce nom privilégié. Ce n'est pas qu'une fois assurée de la délivrance de Philippe, Louise n'eût été tentée d'abandonner ce rôle de favorite du platonique souverain. Elle se sentait peu de vocation pour l'existence de parade et de fracas où elle n'avait mis le premier pied que par dévouement: des joies plus modestes, plus intimes, formaient l'objet de ses rêves. Elle eût sacrifié l'amour de dix monarques pour être assurée de celui de son cher artiste.
Mais entrée malgré elle dans cette voie, elle était contrainte d'y persévérer quelque temps encore du moins, car la liberté rendue si soudainement au jeune peintre ne terminait pas grand'chose.
Son amie influente, la duchesse de Chevreuse, le lui avait fait comprendre, avec d'autant plus d'éloquence que pour elle rien n'était sauvé, tant que Charles de Châteauneuf gémirait entre les murs de la Bastille.
La duchesse ne se trompait pas; cette fois son cœur était d'accord avec la saine politique. Philippe était libre; mais arrêté une première fois sans motif sérieux, il était exposé à se voir en butte à de nouvelles atteintes, car celle-ci n'avait fait que le jeter plus avant dans le parti de la reine-mère, et le cardinal avait juré une guerre d'extinction à tout ce qui s'y rattachait.
A la suite de l'aveu de Barbou, l'arrestation de Bassompierre s'était ajoutée à celle de Châteauneuf et de Jars.
Le cardinal ne se montrait plus que le front chargé d'orages. Son confident, le père Joseph, faisait le métier de porteur de dépêches entre Saint-Germain et le Louvre, et, grâce à sa subtilité d'allures, il habitait à la fois, et quasi à toute heure, la ville et la campagne.
Gaston, le frère turbulent du roi, la jeune reine et la reine-mère, tous étroitement entendus avec la duchesse, encourageaient la faveur de mademoiselle de Lafayette, seule barrière capable d'entraver les desseins de l'ennemi commun, seule machine de guerre assez forte pour amener sa perte.
Le roi se contentait de si peu, et Louise était, par nature, si charmante, si gracieuse, qu'elle gagnait chaque jour dans l'esprit de Louis XIII sans recourir aux expédients de la coquetterie même la plus licite.
Depuis quelques jours, cependant, elle portait en elle une indicible amertume. Tous ses soins parvenaient difficilement à la dissimuler. C'était une blessure faite avec une lâche habileté à son affection la plus profonde et la plus chère par ce misérable Boisenval.