Saisi d'horreur et de désespoir à l'idée du crime politique qui allait s'accomplir, il s'était élancé à cheval, et n'avait fait qu'un temps de galop de Paris à Saint-Germain.
On ne le connaissait pas là comme au Louvre. Les demeures des rois ne sont pas accessibles comme celles des particuliers. En voyant ce cavalier couvert de poussière, les vêtements en désordre, montant un cheval de piètre mine, exténué de fatigue, les factionnaires lui barrèrent le passage, et aucun laquais ne voulut d'abord se charger de l'entendre.
Il se désespérait, car les minutes avaient en cette circonstance le prix d'un siècle, le terrain brûlait sous ses pas; il allait se livrer à quelque scène de violence pour forcer la consigne, lorsqu'il fut reconnu par un serviteur de la reine-mère, attiré là par hasard.
Cet homme vit de suite à ses paroles qu'il s'agissait d'une affaire urgente, et le conduisit auprès de la duchesse de Chevreuse.
Mais là ce fut un autre embarras. En l'apercevant pâle, haletant, la pauvre Marie n'eut qu'une pensée; et quand le jeune homme, sans préambule, sans préparation, en homme qui a la tête perdue, s'écria:
—C'en est fait, madame la duchesse, le meilleur de vos amis va tomber sous la hache!...
Elle crut qu'il parlait de Châteauneuf, un nuage passa sur ses yeux, tout son sang reflua vers son cœur, elle se renversa sans connaissance sur son siège.
Des soins empressés la rappelèrent à elle, mais ce ne fut qu'après une scène terrible qu'on lui fit comprendre la vérité.—Hélas! elle était assez triste déjà. Si ce n'était son amant, c'était son plus cher allié que menaçait le bourreau.
Elle courut chez Louise, qu'elle entraîna chez la reine Anne d'Autriche, et qui, à la sollicitation de cette princesse, aux prières trempées de larmes de la duchesse, fit demander une audience au roi.
Louis XIII sortait précisément d'entendre la messe, suivant son usage à la campagne aussi bien qu'à la ville.