Sur cette toile il avait déposé avec tout son talent le secret bizarre de cette affection géminée qui s'était produite en lui, sans qu'il fût le maître de s'en défendre ni de choisir entre deux cœurs également dignes d'amour, deux jeunes filles également charmantes.
Depuis quelques jours seulement il avait senti la nécessité de briser un des rameaux de son bonheur, pour se rattacher à celui qui, seul, s'offrait dans les conditions acceptables à un homme tel que lui. Et, bizarrerie détestable du sort, Henriette, à laquelle il se ralliait, était précisément celle devant qui se dressait le plus grand obstacle. Comment fléchir, en effet, la haine, le ressentiment de maître Duchesne.
Immobile, songeur devant cette toile, il revoyait dans les beaux bras, dans les mains suaves de sa nymphe, les attraits de Louise; puis, considérant sa physionomie, il rêvait aux regards séraphiques, aux appas éthérés d'Henriette.
Tandis qu'il roulait en son esprit ces pensers divers, quelqu'un se glissait dans la galerie, et, s'avançant à petits pas, venait s'arrêter derrière son siège.
Il n'avait rien vu, rien entendu, et parlant à sa peinture comme s'il eût parlé à l'original:
—Chère Henriette! murmura-t-il en souriant.
—Vous m'appelez, Philippe? dit une douce et timide voix; et il sentit une main tremblante prendre la sienne.
—Henriette!... s'écria-t-il avec ferveur, vous! vous en ces lieux! Oh! merci! merci!
Retenant sa main pour la couvrir de baisers, il attira l'enfant à lui, et je ne sais comment cela se fit, il passa un bras autour de sa taille et se mit à la contempler, à l'admirer de si près, de si près, que leurs cœurs se sentaient battre, que leurs souffles se confondaient.
Ce fut une extase de plusieurs minutes, sans phrases, sans paroles.