Les officiers avaient été réveillés par ces bruits.
—Si vous le permettez, je prendrai les devants. Je crois bon qu'on ne nous voie pas arriver ensemble là-bas. Soyez tranquille, vous m'y retrouverez, où je vous y donnerai de mes nouvelles en temps et lieu.
—J'y compte bien, vieux sphinx, fit le cardinal ranimé involontairement par l'assurance de son conseiller.
Celui-ci partit en grande hâte sur une très modeste haquenée, tandis que le ministre, affectant de montrer à ses gens et aux officiers de ses gardes,—on sait qu'il en avait une compagnie à lui seul,—un visage serein, prenait place dans la voiture, qui devait, suivant les intentions du père Joseph, le conduire à petite vitesse à la résidence de chasse qui composait alors le château de Versailles.
Ceci se passait en novembre et est devenu une date caractéristique que l'histoire conserve, comme un des enseignements les plus curieux à l'usage des favoris et des intrigants de cour.
L'arrivée du père Joseph ne surprit personne au château, on avait l'habitude de le voir se glisser partout, et quoiqu'on se méfiât de lui, il savait prendre des allures si bénignes qu'on aurait eu des scrupules de fermer les portes à une si humble personne.
En ce moment, les chefs de la conspiration contre le cardinal étaient si sûrs de leur réussite qu'ils n'étaient pas fâchés d'avoir un témoin qui ne manquerait pas de lui en porter la nouvelle toute fraîche.
Le gage de cette réussite, sa consécration, était dans l'appel adressé au maréchal de Marillac sur le désir inspiré au roi par les deux reines.
Ces princesses s'étaient emparées de l'esprit du monarque.