—Ce papier!... s'écria-t-il; encore un complot. Ce papier... je le veux!
Mais depuis qu'il l'avait lu, Richelieu ne tremblait plus; un éclair avait même sillonné ses traits; il s'était redressé de toute sa grande taille, et au lieu de se retirer, il avait fait plusieurs pas en avant dans la chambre.
—Traître!... vociféra le roi en le menaçant de son poing fermé, obéiras-tu!...
A cet ordre il crispa, au contraire, avec une lenteur calculée, le papier dans sa main, et fléchit le genou avec une humilité et un respect qui commencèrent à impressionner le roi, honteux de son excès de langage et d'attitude.
—Sire, fit-il, Votre Majesté peut me broyer sous ses pieds, c'est son droit; elle peut m'accabler de reproches, car je n'ai sans doute pas rempli, comme je l'eusse dû, comme je l'eusse voulu, la haute mission que je tenais d'elle... J'accepte sa colère, je me courbe devant ses arrêts... Mais jusqu'à mon dernier souffle je veux me vouer à sa tranquillité et à son bonheur... c'est pour cela que je lui désobéirai cette fois...
—Ainsi, ce billet?
—Je le détruis... Et en effet, il parsema le tapis de ses fragments.
—Ah! j'avais donc deviné!... c'était une trahison nouvelle!... Parlerez-vous enfin?...
—Sire, insinua Richelieu, toujours agenouillé, ne voyez dans mon silence que mon respect pour Votre Majesté... Mon devoir, je le sais, est de vous obéir, mais ne l'exigez pas... Il m'en coûterait trop de briser les illusions de Votre Majesté... de lui prouver que ceux en qui elle a mis sa confiance en font un abus odieux... que l'on a tracé autour d'elle une trame destinée à surprendre sa magnanimité, son besoin d'affection, de tendresse...
A ce dernier mot, le roi baissa les yeux, sa fureur sembla s'éteindre sous la honte d'avoir été deviné dans la poursuite d'une aventure de galanterie.