Sa main, légèrement émue, appliqua le talisman magnétique, ainsi que sa compagne le lui indiquait.
Henriette se consolait en écoutant cette princesse.
Peu à peu, il la vit s'affaisser dans une langueur singulière; ses membres s'assouplirent ainsi qu'il arrive durant le sommeil; ses paupières s'abaissèrent insensiblement, et la frange de ses longs cils remplaça son doux regard. Elle vint s'appuyer, par un mouvement rempli de morbidesse, sur le dossier du fauteuil, et sa tête de chérubin assoupi s'inclina sur son épaule.
Le jeune homme, transporté d'étonnement, suivait ces phénomènes successifs, comme un voyageur égaré sur une route semée d'aspects terribles, de passages imprévus. Son sang se glaçait dans ses veines, son cœur battait encore, mais par de sourdes secousses. Son cerveau se troublait, il cherchait à se reconnaître, et se demandait si ce n'était pas lui que frappait le délire dont il croyait tout à l'heure sa compagne atteinte.
Il avait cessé de lui appliquer le médaillon sur le front, mais l'effet était produit, et quoiqu'il étreignit cet objet dans sa main, ce sommeil mystérieux durait toujours.
Il la contempla d'abord dans une muette émotion; l'admiration et l'anxiété se livraient en lui un combat bizarre. Il ne l'avait jamais vue si belle, si poétique, si vaporeuse. C'était une créature appartenant à une sphère immatérielle; il eût voulu la peindre ainsi, pour fixer sur la toile cette vision céleste. Dans son ravissement, il s'agenouilla devant elle et s'empara avec un recueillement religieux de l'une de ses mains.
A ce contact, cette main eut une secousse électrique qui lui fit serrer la sienne.
—Henriette!... appela-t-il.
Alors, prodige nouveau! il vit sa blonde tête s'agiter par une douce inflexion, ses lèvres s'entr'ouvrirent, et, d'une voix pénétrante: