—C'est pour le service du roi!

—Boon! exclama une voix effarouchée, cette de Gignoux, qui ramenait les cavaliers de l'écurie, où François était resté à fournir la provende aux chevaux.

La brave aubergiste, inquiète pour la tranquillité de ses hôtes du premier étage, dont les façons étaient, il faut, en convenir, plus propres à mériter sa faveur que celles de ces derniers venus, trouva enfin une idée.

—Vous aurez tout ce qu'il vous faut, messieurs, dit-elle; tout, je vous le promets.

Le reste des provisions du Soleil levant s'amoncela devant eux, pour disparaître aussi bravement qu'avait fait la première partie à l'étage supérieur. Tous les ogres de France et de Navarre s'étaient donné rendez-vous à Serquigny, ce soir-là.

Madame Gignoux avait dû, toujours dans l'intérêt de leur repos, négliger momentanément ses favoris. Ce n'était pas trop de trois personnes pour fournir au service des derniers arrivés.

Puis ceux-ci échangeaient entre eux, à mesure que leur faim et leur soif diminuaient, certains propos qui ne manquaient pas d'intérêt, eu égard à la qualité d'agents au service du roi qu'ils s'étaient donnée.

Mais ce qui, plus que tout, excitait sa curiosité, c'est qu'ils évitaient de rien dire de précis dès qu'elle se montrait, et que leur chef leur avait adressé plusieurs fois des signes impérieux de discrétion. Tout ce qu'elle saisissait se réduisait donc à des lambeaux comme ceux-ci:

—Avoir été si près de réussir, pour perdre la piste, comme des novices au moment de sonner l'hallali!

—Sans cette brute de paysan, qui nous a détournés de la route d'Amiens, nous les tenions!... Et venir nous acculer dans ce maudit village!...