De part et d'autre, on ne galopait plus, on dévorait l'espace sous des cascades exaspérées. Le flanc des chevaux ruisselait de sang; chaque coup d'éperon ne leur mordait plus la peau, il leur enlevait des lambeaux de chair. Leurs mors étaient couverts d'une écume également teinte de sang. Les généreuses bêtes allaient toujours, comme le héros qui marche à la mort par des miracles de vaillance.

Mais, tout à coup, ce ne fut plus la campagne, ce ne fut plus la terre qui s'offrit aux regards épouvantés de la duchesse et de son compagnon. Le sol manquait sous leurs pieds,—c'était une nappe immense, large comme une mer, resplendissante comme une plaine d'argent sous les rayons de la lune.

Ils étaient arrivés au fleuve débordé.

Sans échanger un mot, ils regardèrent autour d'eux: partout cet océan roulait ses flots chargés de débris de meubles, de maisons, d'arbres déracinés sur ses rives. L'endroit où ils se trouvaient formait comme un golfe sinueux; devant eux, à leur droite, à leur gauche, c'était l'eau; derrière eux, Boisenval et ses acolytes accourant, et ne leur laissant pas une échappée de terrain.

—En, avant! en avant! cria l'intrépide duchesse; plutôt mourir ici que tomber en leurs mains!

—En avant! répéta le brave de Jars.

—Ils renouvelèrent leurs attaques aux flancs de leurs montures, mais celles-ci, effrayées par cette immensité lumineuse et mouvante, refusèrent absolument de s'y hasarder.

Chaque seconde rapprochait l'ennemi.

—Mourons en combattant! dit le chevalier; donnant l'exemple, il prit un pistolet et fit volte-face.

—Au nom du roi!... rendez-vous!... cria Boisenval.