Mais le maréchal, le regardant avec fermeté:
—Ayez-en regret pour le roi, et non pour moi, répondit-il.
Quelques secondes après, sa tête tombait sous la hache.
Cet assassinat juridique inspira au cardinal un mot qui fait le pendant de celui que nous citions tout à l'heure, à propos des victimes de Vincennes. Les juges qu'il avait poussés à rendre cette sentence odieuse étant venus lui en apprendre l'exécution, il le reçut avec un sourire moqueur:
—Il faut avouer, leur dit-il, que Dieu donne aux juges des lumières qu'il n'accorde pas aux autres hommes, puisque vous avez condamné le maréchal à mort! Pour moi, je ne croyais pas que ces actions méritassent un si rude châtiment.
Non, certes, elles ne le méritaient pas; car, après la mort de son persécuteur, la mémoire du maréchal fut réhabilitée en forme solennelle, par le Parlement.
Mais ce sont là des détails historiques si connus que nous nous bornons à les indiquer, ainsi que l'exil de la reine-mère et du duc d'Orléans, Gaston, à Bruxelles.
Cette ville devint bientôt le foyer d'une nouvelle cour, où tous ceux qui avaient échappé au bourreau de Richelieu se réunirent autour de Marie de Médicis.
Dévoué entre tous, Philippe de Champaigne, dont l'âme généreuse n'oubliait aucun bienfait, se fit remarquer par son assiduité auprès de la princesse. Il devint alors à double titre son maître peintre; car Duchesne, qui n'avait pas imité son abnégation, et qui tenait plus à la fortune qu'à la gloire, mourut avec tranquillité dans l'appartement du Luxembourg qu'il devait à la reine exilée, et que le cardinal lui avait continué pour ses services récents.
Richelieu était donc le maître, tout seul, sans rivaux. Il dirigeait à son caprice son royal esclave, refoulant la reine Anne d'Autriche au rang le plus humble, écartant toutes les favorites en perspective, et choisissant même les confesseurs destinés aux confidences royales.