—De grâce, messire, n'épuisez pas les ressources de votre esprit à me tresser des couronnes hyperboliques. Les choses sérieuses conviennent mieux à un homme grave comme vous êtes; n'allez pas sur les brisées de nos pauvres poètes. Si vous me parlez lyrisme, ils seraient capables de me parler politique. A eux les chansons, à vous les affaires.

—Pardonnez-moi, madame, mais la poésie et la louange viennent toutes seules quand on s'adresse à Votre Altesse. De quoi souhaitez-vous, d'ailleurs, que nous traitions?

—Eh mais, votre mémoire est-elle si oublieuse que vous ne vous rappeliez plus votre promesse touchant ces pauvres réformistes?...

—Ces réformistes, ces novateurs?... En effet, je me souviens très-bien de votre souhait et de mon engagement.

—Alors, vous venez le remplir? Voyons, où est cette liste?

—Votre Seigneurie et madame la duchesse m'excuseront...

—Ne l'apportez-vous point?

—J'y comptais, messire, dit assez sévèrement la régente.

Mais Duprat ne parut même pas remarquer cette observation, et répondant à Marguerite seule:

—Le retard ne provient pas de mon fait; Votre Altesse aurait déjà ces tableaux, s'il ne m'en manquait encore un, celui de la tour du Louvre. Il appuya sur ce mot en plongeant son œil faux dans le regard effrayé de la princesse.