— Ne m'approchez pas, mademoiselle, ne m'approchez pas!
— Quoi donc? murmura Sibylle, qui rougit jusqu'au front.
Il l'embrassa en riant; on déjeuna gaiement. Miss O'Neil en particulier paraissait radieuse et affectait des poses d'archange en adoration. Lorsque les domestiques se furent retirés:
— Eh bien, reprit le comte, vous n'avez donc pas faim ce matin, mon enfant? Ah! voilà! voilà les effets bien connus d'une mauvaise conscience!
Et se tournant vers l'Irlandaise, sa victime ordinaire, il lui dit d'un ton tragique:
— Ah çà! le saviez-vous, vous, miss O'Neil?… Mais à propos, miss O'Neil, quelle fête nationale avez-vous donc commémorée cette nuit? J'ai entendu la harpe de la verte Erin retentir jusqu'au chant du coq!
— Oh! mon Dieu, monsieur le comte, recevez toutes mes excuses…
Si j'avais pensé que vous pussiez m'entendre…
— Moi! que je pusse vous entendre?… Ah çà! vous ne connaîtrez donc jamais mon coeur, miss O'Neil, voyons?… Mais vous seriez à Calcutta,… et moi à Bellevue,… vous poseriez un doit,… un seul,… le petit doigt! sur votre harpe,… et je vous entendrais,… et je vibrerais immédiatement à l'unisson!… Mais parlons sérieusement: le saviez-vous, miss O'Neil, oui ou non?
— Quoi, monsieur le comte?
— Saviez-vous que cette jeune personne sans principes eût échangé au fond des bois des serments d'amour avec un inconnu?