— Ah! mon pauvre garçon! reprit Raoul d'une voix agitée, que je suis heureux de te trouver! Je ne savais plus si j'étais de ce monde… Quelle nuit!… Tu vois, elle est malade!… Fais du feu, vite!

— J'en ai, dit Jacques Féray, que rien n'étonnait. Venez.

Raoul emporta Sibylle dans ses bras et suivit le fou dans sa chaumière. Un reste de feu brûlait dans un coin entre quelques grosses pierres qui tenaient lieu de foyer. Jacques Féray y jeta une brassée d'ajoncs épineux, et la vive flamme qui s'en éleva aussitôt rayonna sur les murs désolés de ce réduit avec un air de gaieté bizarre. Raoul déposa la jeune fille évanouie devant cette claire attisée, et, continuant de la soutenir à demi:

— Va vite, dit-il à Jacques, va chercher des bruyères, des feuilles… tant que tu pourras!

Jacques sortit et rentra à plusieurs reprises, et peu de minutes après le sol de la hutte était jonché de bruyères et de feuilles sèches que Raoul disposa à la hâte en forme de couche, et sur lesquelles il étendit Sibylle. Au bout d'un instant, elle soupira et entr'ouvrit les yeux. En voyant Raoul penché sur elle, elle sourit; puis, tout étonnée:

— Où sommes-nous donc? dit-elle.

— Chez votre ami Jacques Féray, dit-il en la rassurant du regard. Ne craignez plus rien. Remettez-vous… Je vais l'envoyer au château tout à l'heure,… quand la brume sera un peu dissipée. Reposez-vous… Tâchez de dormir. Je veille sur vous.

— Oui… Je suis bien fatiguée!

Et, rencontrant l'oeil ardent et affectueux de Jacques Féray:

— Bonjour, mon Jacques, dit-elle faiblement.