Un flot de larmes jaillit de son coeur avec ce cri. — Sibylle était retombée sur sa couche, comme accablée par une joie surhumaine; un sourire d'extase entr'ouvrait sa bouche, et ses yeux demeuraient attachés tout rayonnants sur les yeux de Raoul, d'où les larmes coulaient silencieusement… La jeune fille, trop émue pour parler, eut un mouvement d'une grâce et d'une tendresse inexprimables; elle retira sa main baignée de ces pleurs sacrés, l'approcha de ses lèvres et la baisa.
Les lueurs grises de l'aube commençaient alors à pénétrer dans la hutte. Un bruit de voix confuses et de pas hâtés se fit entendre sur la falaise. Presque aussitôt M. et madame de Férias parurent sur le seuil; miss O'Neil les accompagnait. — Pendant que la marquise et l'Irlandaise couvraient Sibylle de caresses et la pressaient de questions inquiètes, M. de Férias échangeait avec Raoul quelques paroles rapides.
— Ma pauvre enfant, dit-il ensuite, ma pauvre chère enfant!…
Et il l'embrassait avec agitation.
— Pourrez-vous marcher… croyez-vous?… Voulez-vous qu'on vous porte? La voiture est en bas sur la grève… Monsieur, aidez-moi, je vous prie.
Sibylle se dressa avec un peu d'effort, puis elle se mit debout.
— Oh! je marcherai! dit-elle gaiement. Je suis tout à fait remise… j'irais au bout du monde!
Elle jeta un regard à Raoul, et s'appuyant sur la bras de son grand-père, elle sortit de la hutte.
Comme ils traversaient la largeur de la falaise pour gagner un sentier qui descendait sur la plage à travers une déchirure oblique des rochers, le jour achevait de naître, et le soleil jaillit brusquement des flots, pareil à une sphère d'or qui s'enlève. — Sibylle s'arrêta une minute comme éblouie, puis elle se tourna vers Raoul, qui la suivait, et, sans parler, lui montra de son doigt levé cet horizon radieux. Au moment de s'engager dans le sentier, elle se retourna encore:
— Vous venez avec nous, n'est-ce pas?