Et deux larmes glissèrent sur les joues un peu pâlies de la pauvre petite.

— Et vous ne me les confiez pas, mon enfant?

— Vous m'avez défendu de vous parler de religion, dit timidement Sibylle.

— Sans doute, mon enfant. Il y a à la vérité quelques grandes notions religieuses communes à tous les êtres pensants et au-dessus de toute controverse humaine, comme celle d'un Dieu créateur, qu'il doit m'être permis de mêler sans cesse à mon enseignement, puisqu'elles sont mêlées à tout ce qui en fait l'objet; mais entrer avec vous dans des questions de doctrine, dans la discussion de points de foi particuliers, ce serait manquer odieusement à tous les devoirs que la reconnaissance, la délicatesse, la plus vulgaire probité, m'imposent vis-à-vis de vos parents et vis-à-vis de ma conscience. Je ne le ferai jamais. Ne parlons donc plus de vos tristesses, puisqu'elles se rapportent à la religion. Permettez-moi seulement de vous dire que je ne les conçois pas. Je crains réellement, Sibylle, que vous n'apportiez point dans ces matières assez de simplicité de coeur et d'humilité d'esprit. Il est si facile et si naturel d'adopter avec confiance la religion de ses parents, et surtout de parents comme les vôtres.

Sibylle baissa les yeux et ne répondit pas.

Miss O'Neil se leva.

— Venez courir dans les bois, dit-elle.

Et elle ajouta en souriant:

— Cela sied mieux à votre âge, ma chère, que de faire l'esprit fort.

Sibylle l'embrassa, lui prit le bras, et toutes deux disparurent dans une allée.