— Mais je voudrais garder la mienne avec la vôtre, dit
Sibylle.
— Vous le pouvez, mon enfant; seulement ne vous étonnez pas si la vôtre devient en peu de jours terne comme du plomb.
— Et pourquoi, madame?
— C'est un miracle qui arrive souvent, dit madame de
Beaumesnil, quand une médaille est jalouse de sa soeur.
— Comment! de sa soeur! De quelle soeur? s'écria l'enfant avec une sorte d'effroi; mais il n'y a qu'une sainte Vierge, madame!
Madame de Beaumesnil y réfléchit un instant.
— Sans doute, reprit-elle en hésitant, assurément;… mais cela ne fait rien! Voyons, tâchez de dormir, mademoiselle, au lieu de bavarder à tort et à travers comme une pie borgne.
Obéissant à cette pressante recommandation, Sibylle appela de tout son coeur le bienfaisant sommeil; mais elle l'appela longtemps avant de pouvoir échapper à la confusion d'idées qui torturait son cerveau.
Les jours qui suivirent cette première journée d'épreuve en furent la répétition à peu près exacte, et nous n'en dirons rien. Après trois semaines de ce régime, Sibylle, silencieuse et douce comme une colombe, était citée avec orgueil par madame de Beaumesnil comme une néophyte exemplaire.
— Désormais, disait-elle, mademoiselle de Férias était aussi bien préparée qu'elle-même aux plus hauts devoirs de la religion.