Sibylle lui baisa le front avec grâce, puis elle tendit l'arc charmant de ses sourcils, prit sa mine sévère, et parut se livrer à de profondes réflexions.
— Ce que je ferais, moi, dit-elle après un moment, le voici: je me fierais tout simplement à mon mari. Sans entrer dans les détails et sans compromettre aucun nom, je lui dirais que je me sens troublée et que je m'attache à lui, que ma solitude trop fréquente me conseille mal, et que je le prie de ne plus m'abandonner, ou de me permettre de le suivre. Je lui dirais que le devoir, dont il est pour moi le symbole, est comme la croix qu'il est bon d'avoir toujours sous les yeux pour l'avoir toujours dans le coeur. Le duc doit être une âme généreuse;… il comprendra, et vous serez sauvée.
— Eh bien,… je préfère cela, dit la duchesse. Oui, c'est vrai,… le duc est une âme généreuse,… et je crois que je l'aurais aimé, s'il eût voulu… J'en ai été tentée bien souvent; mais je sens que je suis si peu de chose pour lui,… une enfant! Il ne me connaît pas!… Eh bien, oui,… j'y penserai!
— Il ne faut pas y penser, reprit Sibylle, il faut le faire…
Est-il à Paris, ton mari?
La jeune duchesse sourit de cette tendre familiarité de langage.
— A la bonne heure! dit-elle… Oui, il est à Paris.
— Eh bien, promets-moi de lui parler ce soir!
La duchesse se leva brusquement:
— Je l'entends, dit-elle.
— Jure-moi de lui parler tout de suite! reprit vivement
Sibylle.