— Ecoute, ma bonne petite mère, ne te désole pas d'avance… Je sens bien qu'un jour ou l'autre ce mariage doit nous réunir tous,… mais qu'on me laisse le temps de m'habituer à cette idée… Accordez-moi quelques mois pour faire oublier l'ancienne Julia et pour l'oublier moi-même,… n'est-ce pas, dis, tu veux bien?
— Tout ce qui te plaira, dit Clodilde en soupirant.
— Je t'en prie… Dis-lui que je l'en prie aussi.
— Je le lui dirai; mais tu sais que Pierre est là?
— Ah! mon Dieu!… où donc?
— Je l'ai laissé dans le jardin…
— Dans le jardin!… quelle imprudence, ma mère! mais ces dames vont le déchirer… comme Orphée, car tu peux croire qu'il n'est pas en odeur de sainteté ici…
On envoya prévenir M. de Moras, qui arriva en toute hâte. Julia se mit à rire quand il parut, ce qui facilita son entrée. Elle eut à plusieurs reprises, pendant leur entrevue, des accès de ce rire nerveux qui est si utile aux femmes dans les circonstances difficiles. Privé de cette ressource, M. de Moras se contenta de baiser timidement les belles mains de sa cousine, et manqua d'ailleurs d'éloquence; mais ses beaux traits mâles resplendissaient, et ses grands yeux bleus étaient humides de tendresse heureuse. Il parut laisser une impression favorable.
— Je ne l'avais jamais considéré à ce point de vue, dit Julia à sa mère: il est réellement très-bien,… c'est un mari superbe.
Le mariage eut lieu trois mois plus tard sans aucun appareil et dans l'intimité. Le comte de Moras et sa jeune femme partirent le soir même pour l'Italie.