— C'est lui!
Je gravis les degrés à la hâte. Le vieillard me serra la main fortement et m'introduisit, sans prononcer une parole, dans la chambre de mademoiselle de Porhoët. Le médecin et le curé du bourg se tenaient silencieusement dans l'ombre d'une fenêtre. Madame Laroque était agenouillée sur une chaise près du lit; sa fille, debout près de chevet, soutenait les oreillers sur lesquels reposait la tête pâle de ma pauvre vieille amie. Lorsque la malade m'aperçut, un faible sourire passa sur ses traits, profondément altérés; elle dégagea péniblement un de ses bras. Je pris sa main, je tombai à genoux, et je ne pus retenir mes larmes.
— Mon enfant! dit-elle, mon cher enfant!
Puis elle regarda fixement M. Laubépin.
Le vieux notaire prit alors sur le lit un feuillet de papier, et paraissant continuer une lecture interrompue:
"A ces causes, dit-il, j'institue par ce testament olographe pour légataire universel de tous mes biens tant en Espagne qu'en France, sans aucune réserve ni condition, Maxime-Jacques-Marie Odiot, marquis de Champcey d'Hauterive, noble de coeur comme de race.
"Telle est ma volonté.
"JOCELYNDE-JEANNE
"Comtesse de PORHOET-GAEL."
Dans l'excès de ma surprise, je m'étais levé avec une sorte de brusquerie, et j'allais parler, quand mademoiselle de Porhoët, retenant doucement ma main, la plaça dans la main de Marguerite. A ce contact soudain, la chère créature tressaillit; elle pencha son jeune front sur l'oreiller funèbre, et murmura en rougissant quelques mots à l'oreille de la mourante. Pour moi, je ne pus trouver de paroles: je retombai à genoux, et je priai Dieu. Quelques minutes s'étaient écoulées au milieu d'un silence solennel, quand Marguerite me retira sa main tout à coup et fit un geste d'alarme. Le docteur s'approcha à la hâte: je me levai. La tête de mademoiselle de Porhoët s'était affaissée subitement en arrière: son regard était fixe, rayonnant et tendu vers le ciel; ses lèvres s'entr'ouvrirent, et, comme si elle eût parlé dans un rêve: