Je lui ai adressé une profonde inclination, et, maudissant une fois de plus mon sac de nuit, qui amusait visiblement ces demoiselles, je me suis hâté de franchir le perron.
Un domestique à cheveux gris, vêtu de noir, que j'ai trouvé dans le vestibule, a pris mon nom. J'ai été introduit quelques minutes plus tard, dans un vaste salon tendu de soie jaune, où j'ai reconnu d'abord la jeune personne que je venais de voir à la fenêtre, et qui était définitivement d'une extrême beauté. Près de la cheminée, où flamboyait une véritable fournaise, une dame d'un âge moyen, et dont les traits accusaient fortement le type créole, se tenait ensevelie dans un grand fauteuil compliqué d'édredons, de coussins et de coussinets de toutes proportions. Un trépied de forme antique, que surmontait un brasero allumé, était placé à sa portée, et elle en approchait par intervalles ses mains grêles et pâles. A côté de madame Laroque était assise une dame qui tricotait: à sa mine morose et disgracieuse je n'ai pu méconnaître la cousine au deuxième degré, veuve de l'agent de change décédé en Belgique.
Le premier regard qu'a jeté sur moi madame Laroque m'a paru empreint d'une surprise touchant à la stupeur. Elle m'a fait répéter mon nom.
— Pardon!… monsieur?…
— Odiot, madame.
— Maxime Odiot, le gérant, le régisseur que M. Laubépin?…
— Oui, madame.
— Vous êtes bien sûr?
Je n'ai pu m'empêcher de sourire.
— Mais oui, madame, parfaitement.