Comme nous sortions des limites du parc, en passant sous une des arches qui percent le mur d'enceinte:
— Vous ne me demandez pas où je vous mène, monsieur? me dit la jeune créole.
— Non, non, mademoiselle, cela m'est parfaitement égal.
— Je vous mène dans le pays des fées.
— Je m'en doutais.
— Mademoiselle Hélouin, plus compétente que moi en matière poétique, a dû vous dire que les bouquets de bois qui couvrent ce pays à vingt lieues à la ronde sont les restes de la vieille forêt de Brocéliande, où chassaient les ancêtres de votre amie mademoiselle de Porhoët, les souverains de Gaël, et où le grand-père de Mervyn, que voici, fut enchanté, tout enchanteur qu'il était, par une demoiselle du nom de Viviane. Or nous serons bientôt en pleine centre de cette forêt. Et si ce n'est pas assez pour vous monter l'imagination, sachez que ces bois gardent encore mille traces de la mystérieuse religion des Celtes; ils en sont pavés. Vous avez donc le droit de vous figurer sous chacun de ces ombrages un druide en robe blanche, et de voir reluire une faucille d'or dans chaque rayon de soleil. Le culte de ces vieillards insupportables a même laissé près d'ici, dans un site solitaire, romantique, et caetera, un monument devant lequel les personnes disposées à l'extase ont coutume de se pâmer: j'ai pensé que vous auriez du plaisir à le dessiner, et comme le lieu n'est pas facile à découvrir, j'ai résolu de vous servir de guide, ne vous demandant en retour que de m'épargner les explosions d'un enthousiasme auquel je ne saurais m'associer.
— Soit, mademoiselle, je me contiendrai.
— Je vous en prie!
— C'est entendu. Et comment appelez-vous ce monument?
— Moi, je l'appelle un tas de grosses pierres; les antiquaires l'appellent, les uns simplement un dolmen, les autres, plus prétentieux, un cromlech; les gens du pays le nomment, sans expliquer pourquoi, la migourdit(1). [(1). Dans le bois de Cadoudal (Morbihan).]