— Mais qu'y a-t-il, au nom du ciel?

— Je crois que madame est plus mal, me répondit cet homme.

Et je partis comme un fou.

En arrivant, je vis ma soeur qui jouait sur la pelouse, au milieu de la grande coeur silencieuse et déserte. Elle accourut au-devant de moi, comme je descendais de cheval, et me dit en m'embrassant, avec un air de mystère affairé et presque joyeux:

— Le curé est venu!

Je n'apercevais portant dans la maison aucune animation extraordinaire, aucun signe de désordre ou d'alarme. Je gravis l'escalier à la hâte, et je traversai le boudoir qui communiquait à la chambre de ma mère, quand la porte s'ouvrit doucement: mon père parut. Je m'arrêtai devant lui; il était très pâle, et ses lèvres tremblaient.

— Maxime, me dit-il dans me regarder, votre mère vous demande.

Je voulais l'interroger, il me fit signe de la main et s'approcha rapidement d'une fenêtre, comme pour regarder au dehors. J'entrai. — Ma mère était à demi couchée dans son fauteuil, hors duquel un de ses bras pendait comme inerte. Sur son visage, d'une blancheur de cire, je retrouvai soudain l'exquise douceur et la grâce délicate que la souffrance en avait naguère exilées: déjà l'ange de l'éternel repos étendait visiblement son aile sur ce front apaisé. Je tombai à genoux: elle entr'ouvrit les yeux, releva péniblement sa tête fléchissante, et m'enveloppa d'un long regard. Puis, d'une voix qui n'était plus qu'un souffle interrompu, elle me dit lentement ces paroles:

— Pauvre enfant!… Je suis usée, vois-tu… Ne pleure pas!… Tu m'as un peu abandonnée tout ce temps-ci; mais j'étais si maussade!… Nous nous reverrons, Maxime, nous nous expliquerons, mon fils… Je n'en puis plus!… Rappelle à ton père ce qu'il m'a promis. Toi, dans ce combat de la vie, sois fort, et pardonne aux faibles!

Elle parut épuisée, s'interrompit un moment, puis, levant un doigt avec effort et me regardant fixement: