Je me levai, et je la vis dans la baie de la fenêtre au milieu d'une auréole de pâle lumière, la tête nue, les cheveux tombants, la main crispée sur la barre de la croix, les yeux ardemment fixés sur le sombre précipice.
— Ne craignez rien, lui dis-je. Je n'ai aucun mal. Prenez seulement patience une heure ou deux. Donnez-moi le temps d'aller jusqu'au château, c'est le plus sûr. Soyez certaine que je vous garderai le secret, et que je sauverai votre honneur comme je viens de sauver le mien.
Je sortis péniblement des fossés et j'allai prendre mon cheval. Je me servis de mon mouchoir pour suspendre et fixer mon bras gauche, qui ne m'était plus d'aucun usage, et qui me faisait beaucoup souffrir. Grâce à la clarté de la nuit, je retrouvai aisément ma route. Une heure plus tard, j'arrivais au château. On me dit que le docteur Desmarets était dans le salon. Je me hâtai de m'y rendre, et j'y trouvai avec lui une douzaine de personnes dont la contenance accusait un état de préoccupation et d'alarme.
— Docteur, dis-je gaiement en entrant, mon cheval vient d'avoir peur de son ombre, il m'a jeté bas sur la route, et je crains d'avoir le bras gauche foulé. Voulez-vous voir?
— Comment, foulé? dit M. Desmarets après qu'il eût détaché le mouchoir; mais vous avez le bras parfaitement cassé, mon pauvre garçon!
Madame Laroque poussa un faible cri et s'approcha de moi.
— Mais c'est donc une soirée de malheur? dit-elle.
Je feignis la surprise.
— Qu'y a-t-il encore? m'écriai-je.
— Mon Dieu! j'ai peur qu'il ne soit arrivé quelque accident à ma fille. Elle est sortie à cheval vers trois heures, il en est huit, et elle n'est pas encore rentrée!