— Monsieur le marquis, pardonnez-moi!

Je voulus me lever, je voulus parler, ce fut en vain. J'étais pétrifié dans mon fauteuil.

Après une silence pendant lequel le regard du mourant, toujours enchaîné au mien, n'avait cessé de m'implorer:

— Monsieur le marquis, reprit-il, daignez me pardonner!

Je trouvai enfin la force d'aller vers lui. A mesure que j'approchais, il se retirait péniblement en arrière, comme pour échapper à un contact effrayant. Je levai une main, et l'abaissant doucement devant ses yeux démesurément ouverts et éperdus de terreur:

— Soyez en paix! lui dis-je, je vous pardonne!

Je n'eus pas achevé ces mots, que sa figure flétrie s'illumina d'un éclair de joie et de jeunesse. En même temps deux larmes jaillissaient de ses orbites desséchées. Il étendit une main vers moi, puis tout à coup cette main se ferma violemment et se raidit dans l'espace par un geste menaçant; je vis ses yeux rouler entre ses paupières dilatées, comme si une balle l'eût frappée au coeur.

— Oh! l'Anglais! murmura-t-il.

Il retomba aussitôt sur l'oreiller comme une masse inerte. Il était mort.

J'appelai à la hâte: on accourut. Il fut bientôt entouré de pieuses larmes et de prières. Pour moi, je me retirai, l'âme profondément troublée par cette scène extraordinaire, qui devait demeurer à jamais un secret entre ce mort et moi.