Eh bien, excepté moi, Madame! vous auriez cent millions de rente que vous ne me verriez pas à vos pieds; je vous en donne ma parole d'honneur!

MAXIME, gaiement.

Et je vous supplierai, Madame, de vouloir bien faire également une exception en ma faveur. (Madame Aubry lève les épaules.)

MARGUERITE, avec amertume.

Oh! sans doute! J'étais bien sûre que M. Odiot ne manquerait pas cette occasion de protester contre la vulgarité… la bassesse de nos idées bourgeoises! L'argent! fi donc! Qu'est-ce que c'est que cela, bon Dieu! Les nuages, le ciel bleu, les choses idéales, à la bonne heure! Hors de là, il n'y a rien qui soit digne d'occuper un instant les pensées d'un poëte, d'un artiste comme M. Odiot!

MAXIME, avec une fermeté respectueuse.

Mademoiselle, j'ignore absolument en vertu de quel privilège je me vois sans cesse honoré de vos railleries à ce sujet… Je ne suis pas plus poëte qu'un autre. Seulement, j'en conviens, je conçois d'autres plaisirs, d'autres admirations, d'autres ambitions en ce monde, que celles dont l'argent peut être la source ou l'objet! Je prends la liberté de penser que sans être un rêveur, un homme peut s'enthousiasmer quelquefois pour quelque chose… pour un beau livre, pour un beau ciel, pour une action héroïque! Cette poésie-là, je le crois sincèrement, est non-seulement permise à chacun, mais commandée!… Je suis confus, Mademoiselle, de ce plaidoyer peut-être déplacé, mais ces choses idéales, comme vous les appelez, sont les seuls trésors de ceux qui n'en ont pas de plus positifs, et on m'excusera d'avoir défendu mon bien. (Il se retire de quelques pas, et prenant le bras de Laubépin.) Venez, mon ami. (Il s'éloigne et disparaît à droite avec Laubépin.)

SCENE XV.

LES MEMES, excepté MAXIME et LAUPEPIN.

BEVALLAN.