MAXIME, avec calme.

Mademoiselle, je vous supplie de revenir à vous, à la raison. Je comprends les inquiétudes qui vous agitent en ce moment… mais je vous atteste que vous me faites outrage. Je n'ai pu en aucune façon préparer cette perfidie. (Avec élan.) Et quand je l'aurais pu, enfin, comment vous ai-je jamais donné le droit de m'en croire capable?

MARGUERITE, passant à gauche.

Tout ce que je sais de vous m'en donne le droit. Qu'êtes-vous venu faire dans notre maison, sous un nom, sous un caractère empruntés? Nous vivions heureuses… vous nous avez apporté des troubles, des chagrins que nous ignorions… Pour atteindre votre but, pour réparer les brèches de votre fortune! vous avez usurpé notre confiance, vous avez joué avec nos sentiments les plus purs, les plus sacrés… Eh bien, je suis profondément lasse et ulcérée de tout cela, je vous le dis! Et quand vous m'offrez en gage, à cette heure, votre honneur de gentilhomme… qui vous a déjà permis tant de choses indignes… certes j'ai le droit de n'y pas croire… et je n'y crois pas!

MAXIME, allant rapidement vers la brèche de la muraille, et revenant aussitôt.

Marguerite… ma pauvre enfant! écoutez bien! Je vous aime, c'est vrai, et jamais amour plus ardent, plus désintéressé, plus saint n'est entré dans le coeur d'un homme!… mais vous aussi, vous m'aimez… vous m'aimez, malheureuse!… et vous me tuez!… vous me brisez le coeur!… mais ce coeur, il est à vous! vous pouvez en faire ce qu'il vous plaît… Quant à mon honneur, il est à moi, et je le garde! Et sur cet honneur, je vous fais serment que si je meurs, vous me pleurerez… que si je vis, jamais… tout adorée que vous êtes… quand vous seriez à deux genoux devant moi… jamais je n'accepterai une fortune de votre main… jamais!… Et maintenant priez!… demandez à Dieu un miracle… Il en est temps! (Il court vers le balcon.)

MARGUERITE, qui s'est précipitée vers la brèche, étendant les bras et l'arrêtant.

Dieu du ciel! je ne veux pas, je ne veux pas!

MAXIME.

Oh! rassurez-vous… ces branches… ces arbres me soutiendront… A reste, que m'importe!