—Portez-moi, dit-elle.
Il la regardait avec étonnement, s'imaginant qu'elle plaisantait encore; mais elle était d'un grand sérieux.
—De quoi avez-vous peur? reprit-elle.
—Je n'ai pas peur.
—Est-ce que vous n'êtes pas assez fort?
—Mon Dieu, je crois que si!
Il l'enleva dans ses bras comme dans un berceau, pendant qu'elle maintenait sa robe de ses deux mains, puis il descendit les degrés et se dirigea vers la porte avec son étrange fardeau. Il avait quelques précautions à prendre pour ne pas glisser sur le sol inondé, et cela l'absorba pendant les premiers pas; mais, quand son pied fut affermi, il eut la curiosité naturelle d'observer la contenance de la marquise. La tête nue de la jeune femme reposait, un peu renversée, sur le bras qui la soutenait; ses lèvres étaient entr'ouvertes par un sourire presque méchant qui laissait voir ses dents fines et blanches comme du lait;—la même expression de malice farouche brillait dans ses yeux sombres, qui s'attachèrent pendant deux secondes sur ceux de Camors avec une persistance pénétrante, puis se voilèrent soudain sous la frange bleuâtre de ses paupières.—Il eut comme le sentiment d'un éclair qui lui eût traversé la moelle des os.
—Voulez-vous me rendre fou? murmura-t-il.
—Qui sait? dit-elle.
Au même instant, elle s'échappa de ses bras, et, posant ses pieds à terre, elle sortit de la ruine.