Elle traversa avec la même hâte convulsive la place de la Concorde dans la direction du pont. Arrivée là, et au bruit de la Seine enflée et limoneuse qui se brisait contre les piliers des arches, elle fit un brusque temps d'arrêt: elle s'appuya sur le parapet et regarda l'eau; puis elle secoua la tête, soupira longuement et se remit en marche. Bientôt après, elle s'arrêtait dans la rue Vaneau devant un grand hôtel isolé des maisons voisines par un mur de jardin: c'était l'hôtel de madame de Campvallon.
Quand elle fut là, la malheureuse enfant ne sut plus que faire. Pourquoi même était-elle venue là? Elle ne le savait pas. Elle avait voulu venir comme pour s'assurer de son malheur, pour le toucher du doigt, ou peut-être pour trouver quelque raison, quelque prétexte d'en douter. C'était un but qu'elle s'était donné, elle y était arrivée, et elle ne savait plus que faire.
Elle s'assit sur une borne devant les jardins de l'hôtel, cacha sa tête dans ses deux mains et essaya de penser. La rue était déserte. Il était plus de minuit. Une rafale de pluie venait de se déchaîner sur Paris, et la pauvre femme grelottait.
Un sergent de ville passa, enveloppé dans sa cape, il la prit par le bras:
—Qu'est-ce que vous faites là, vous? dit-il d'une voix rude.
Elle le regarda.
—Je ne sais pas, dit-elle.
Cet homme en eut pitié. Il eut vite discerné, d'ailleurs, à travers le désordre de la jeune femme, le bon goût et comme le parfum de l'honnêteté.
—Mais, madame, vous ne pouvez pas rester là, reprit-il avec plus de douceur.
—Non.