Un bruit de pas les fit retourner. C'était madame de Campvallon qui parcourait la serre au bras d'un diplomate étranger.

—Pardon, dit-elle en souriant, je vous dérange! que je suis gauche!

Et elle passa.

Madame de Camors était devenue subitement toute rouge, et son mari fort pâle. Le diplomate seul n'avait pas changé de couleur, parce qu'il n'y comprenait rien.

La jeune comtesse, prétextant une migraine que l'air de son visage ne démentait pas, se retira presque aussitôt en disant à son mari qu'elle lui renverrait la voiture.

Peu d'instants après, la marquise de Campvallon, obéissant à un signe secret de M. de Camors, le rejoignit dans le boudoir retiré qui leur rappelait à tous deux l'instant le plus coupable de leur vie. Elle s'assit à côté de lui sur le divan avec sa nonchalance hautaine.

—Qu'est-ce qu'il y a? dit-elle.

—Pourquoi me surveillez-vous? dit Camors. Cela est indigne de vous.

—Ah! une explication? Triste chose! C'est la première entre nous; au moins qu'elle soit complète et rapide.

Elle parlait d'une voix contenue mais passionnée, l'œil fixé sur son pied, qu'elle soulevait légèrement et qui se tordait dans le satin.