—C'est vrai.
—Je vous crois.
Elle lui prit la main, et le regarda un moment sans parler, l'œil voilé, le sein palpitant; puis, se levant tout à coup:
—Vous savez, mon ami, que j'ai du monde chez moi?
Elle le salua d'un sourire et sortit du boudoir.
Cette scène cependant avait laissé dans l'esprit de Camors une impression désagréable, et il y pensait le lendemain matin avec humeur, tout en essayant un cheval dans l'avenue des Champs-Élysées, quand il se trouva soudain en face de son ancien secrétaire Vautrot. Il ne l'avait pas revu depuis le jour où ce personnage avait jugé prudent de se congédier lui-même à l'improviste. Les Champs-Élysées étant déserts à cette heure, Vautrot ne put esquiver, comme il l'avait fait peut-être plus d'une fois, la rencontre de Camors. Se voyant reconnu, il salua et s'arrêta, un sourire inquiet sur les lèvres. Son habit noir usé et son linge douteux décelaient une misère inavouée mais profonde. M. de Camors ne prit pas garde à ce détail, qui eût sans doute éveillé sa générosité naturelle et refoulé l'indignation dont il s'était senti saisi tout à coup. Il retint brusquement les rênes de son cheval.
—Ah! vous voilà, monsieur Vautrot? dit-il. Vous n'êtes donc plus en
Angleterre? Et qu'est-ce que vous faites maintenant?
—Je cherche une position, monsieur le comte, dit humblement Vautrot, qui connaissait trop bien son ancien patron pour ne pas lire clairement dans le pli de sa moustache les pronostics d'un orage.
—Et pourquoi, reprit Camors, ne pas vous remettre à la serrurerie? Vous y étiez fort adroit… Les serrures les plus compliquées n'avaient pas de secret pour vous.
—Je ne sais ce que vous voulez dire, murmura Vautrot.