—Enfin, poursuivit-elle, je suis prête à vous donner ma vie. Vous me jugerez bien romanesque… mais je me fais de nos deux pauvretés réunies une image très douce… Je crois… je suis sûre que je serais une excellente femme pour un mari que j'aimerais… Si vous devez quitter la France, comme on me l'a dit, je vous suivrai… Je serai partout et toujours votre compagne fidèle et vaillante… Pardon! encore un mot, monsieur de Camors… ma démarche serait honteuse, si elle cachait une arrière-pensée… elle n'en cache aucune… Je suis pauvre… j'ai quinze cents francs de rente… Si vous êtes plus riche que moi, je n'ai rien dit, et rien au monde ne me ferait vous épouser.

Elle se tut et fixa sur lui, avec une expression d'attente, d'angoisse et de candeur extraordinaires, ses grands yeux pleins de feu.

Il y eut une pause solennelle. Entre ces deux êtres, nobles et charmants tous deux, il semblait qu'en cette minute une destinée terrible était en suspens, et que tous deux le sentaient.

Enfin M. de Camors lui répondit d'un ton grave:

—Mademoiselle, il est impossible que vous conceviez à quelle épreuve vous venez de me soumettre; mais je suis descendu en moi-même, et je n'y ai rien trouvé qui soit digne de vous. Faites-moi l'honneur de croire qu'il ne s'agit ici ni de votre fortune ni de la mienne; mais j'ai résolu de ne me marier jamais.

Elle soupira longuement et se leva.

—Adieu, mon cousin, dit-elle.

—Je vous en prie, restez encore… je vous en prie! dit le jeune homme en la repoussant doucement sur le divan.

Elle se rassit. Il fit quelques pas au hasard pour calmer son agitation; puis, s'asseyant à demi sur la table, vis-à-vis de la jeune fille:

—Mademoiselle Charlotte, vous êtes malheureuse, n'est-ce pas?