—Pourquoi pas? dit Camors avec le même accent d'indifférence suprême.
Il donna son cheval au domestique qui le suivait et franchit la grille du jardin, soutenu, poussé, caressé par la main tremblante de Lescande.
Le jardin était de dimension médiocre, mais fort soigné et plein d'arbustes rares à larges feuilles. Dans le fond, une petite villa dont le goût italien présentait sa gracieuse façade.
—Tiens, c'est gentil, ça! dit Camors.
—Tu reconnais mon plan numéro trois, n'est-ce pas?
—Numéro trois… parfaitement… Et ta cousine est-elle dedans?
—Elle est là, mon ami, dit Lescande à demi-voix en indiquant de la main une grande fenêtre à balcon qui surmontait le perron de la villa, et dont les persiennes étaient closes. Elle est là, et voici notre fils.
Camors laissa flotter sa main sur les cheveux de l'enfant.
—Diable! tu n'as pas perdu de temps… Ainsi tu es heureux, mon brave?
—Tellement heureux, mon ami, que j'en suis inquiet… Le bon Dieu est trop bon pour moi, ma parole… Je me suis donné de la peine, c'est vrai… Figure-toi que je suis allé passer deux ans en Espagne, dans les montagnes, dans un pays infernal… J'ai bâti là un palais de fée pour le marquis de Buena-Vista, un très grand seigneur… Il avait vu mon plan à l'Exposition, et s'était monté la tête là-dessus… C'est ce qui a commencé ma fortune… Du reste, ce n'est pas mon métier tout seul qui a pu m'enrichir aussi vite, tu comprends;… mais j'ai eu une série de chances incroyables… J'ai fait des affaires magnifiques sur des terrains, et très honnêtement, je te prie de croire… Je ne suis pourtant pas millionnaire… Tu sais que je n'avais rien, et ma femme pas davantage… Enfin, ma maison construite, il me reste une dizaine de mille francs de rente… Ce n'est guère pour nous entretenir sur ce pied-là; mais je travaille… et j'ai si bon courage, mon cher! ma pauvre Juliette est si aise dans ce paradis!…