Il la regarda en face à son tour.
—Savez-vous, dit-il, qu'il y a des moments où je suis tenté de vous croire diabolique?
—Véritablement? Eh bien, il y a des moments où je suis tentée de le croire moi-même. Par exemple, dans ce moment-ci, savez-vous ce que je voudrais. Je voudrais disposer de la foudre… et, dans deux minutes, vous n'existeriez plus.
—Parce que?
—Parce que je me souviens… je me souviens qu'il y a un homme à qui je me suis offerte et qui m'a refusée… et que cet homme est vivant… et que cela me déplaît un peu… beaucoup… passionnément.
—Est-ce sérieux, madame? reprit Camors,—pour dire quelque chose.
Elle se mit à rire.
—Vous ne le croyez pas, j'espère, dit-elle. Je ne suis pas si méchante… C'était une plaisanterie, et même d'un goût médiocre, j'en conviens… mais sérieusement maintenant, monsieur et cousin, que pensez-vous de moi? quelle femme pensez-vous que je sois devenue avec les temps?
—Je vous jure que je l'ignore absolument.
—Admettons que je fusse devenue, comme vous me faisiez l'honneur de le supposer tout à l'heure, une personne diabolique, croyez-vous que vous n'y seriez pour rien, dites-moi? Ne croyez-vous pas qu'il y a dans la vie des femmes une heure décisive où un mauvais germe qu'on jette dans leur âme peut y pousser de terribles moissons? Ne croyez-vous pas cela, dites?… et que je serais excusable si j'avais envers vous les sentiments d'un ange exterminateur?… et que j'ai quelque mérite à être ce que je suis, une bonne femme, très simple, qui vous aime bien… avec un peu de rancune, mais pas beaucoup… et qui, en somme, vous souhaite toute sorte de prospérités en ce monde et dans l'autre?… Ne me répondez pas, cela vous embarrasserait, et c'est inutile.