— Ah ! tu voulais en avoir le cœur net !… Eh bien… attends un peu !…
M’ayant lâché, il sortit, referma la porte… Et j’entendis aussitôt la voix qui retentissait dans l’escalier.
— A l’assassin !… au secours ! au secours !…
Et des portes s’ouvrirent, claquèrent. Et des voix se répondirent, d’étage en étage… Et les cris du camelot retentirent, plus forts :
— A l’assassin !… au secours !… à l’assassin !…
Hébété, je m’étais laissé tomber, sur le plancher, près du cadavre… Et je répétais sur l’air d’une vieille chanson de mon pays :
— Je veux en avoir le cœur net !… Je veux en avoir le cœur net !…
Aux appels, aux cris poussés par le camelot dans l’escalier, toute la maison s’était réveillée, toute la maison s’était levée. Et la chambre de la vieille fut bientôt envahie par une foule de curieux, les uns vêtus à la hâte de n’importe quoi, les autres en chemise, tous si pittoresquement désordonnés, si expressivement effarés et tremblants, que, malgré mon hébétude, je ne pus m’empêcher de remarquer leurs comiques silhouettes et d’en jouir — ce ne fut qu’un moment — d’en jouir comme d’un spectacle très divertissant. Même, après tant d’années, je revois la plupart de ces têtes, lâches, peureuses et cruelles, et ce m’est encore une gaieté…
Ils arrivaient successivement dans la chambre, chacun avec un petit bougeoir à la main, tendaient le col, demandaient :
— Qu’est-ce qu’il y a ?… Qu’est-ce qu’il y a ?