— C’est presque un enfant !

Un autre dit :

— Il n’a pas de barbe encore !…

Une troisième dit simplement, avec de l’admiration :

— Ainsi !… Voyez-vous ça !

Alors, le camelot insistait :

— Mais regardez-le !… Et son air de bête prise au piège !…

— C’est vrai !… C’est vrai !…

Comme je l’ai raconté plus haut, épuisé par mes efforts à le soulever, à le traîner, je m’étais laissé tomber près du cadavre… Je ne faisais pas un mouvement… Et je considérais tout ce monde, je considérais le camelot, sans entendre encore, sans comprendre qu’il m’accusait du meurtre de la vieille aux tapisseries… Je n’avais plus aucune idée dans la tête… Ma tête était vide, vide, vide !… Et tout cela qui se passait autour de moi était si nouveau, si étrangement nouveau, et si grimaçant, si incohérent, qu’il ne m’était pas possible d’admettre que je ne rêvasse point… Toutes ces figures, je me rappelle, n’avaient plus pour moi la moindre consistance corporelle… C’étaient des ombres qui se déformaient au moindre souffle du vent entrant par la porte, et qui s’évanouissaient pour se reconstituer ensuite, fuligineuses… Je les suivais, comme on suit, dans l’air, les fumées, les nuages ou les brumes qui montent, le matin, des rivières…

Le camelot, actif et terrible, vint à moi, m’obligea à me lever, et, m’empoignant l’épaule d’un geste rude :