Joseph. — Entrez donc, madame Beauduit, entrez donc !…

Il lui offre un siège, à droite de la cheminée, et s’assied lui-même, à gauche, confortablement, le dos calé et les jambes croisées.

Mme Beauduit. — Alors, vous croyez qu’il ne rentrera que tard ?

Joseph. — Pas avant sept heures… pour s’habiller. Monsieur s’amuse, aujourd’hui… Monsieur est avec sa comtesse…

Mme Beauduit. — Sa comtesse ?… Quelle comtesse ?… Encore une blague, sans doute ?

Joseph. — Parbleu !… La comtesse de Monsieur, c’est tout simplement une méchante actrice des Variétés, la petite Zaza… Mais vous la connaissez encore mieux que moi, madame Beauduit !… Monsieur est comme ça !… Il a un chic étonnant pour transformer en comtesses et en duchesses les petites actrices et les trottins… Monsieur croit que ça prend !…

Mme Beauduit. — Oh ! ça !… Il a toujours menti !…

Joseph. — Même à moi !… Ce qui est bête !… Monsieur éprouve le besoin de m’épater ! Monsieur est un serin !… Il y a longtemps qu’on l’a dit : « Il n’est pas de grand homme pour son valet de chambre… » Monsieur est un serin.

Mme Beauduit. — Un orgueilleux, surtout !

Joseph. — Un orgueilleux et un serin. Au fond, il n’y a pas plus serin que Monsieur !… Et son talent ?… Oh ! la la !… Et il est illustre !… Non, c’est à se tordre !…