Mme Naturel. — Je m’entends ! Les hommes qui ne parlent jamais en disent beaucoup plus que les hommes qui parlent toujours !… D’ailleurs, il ne me revient pas, ton monsieur Garraud ! Il ferait bien mieux de s’occuper de ses engrais… Ah ! je ne sais pas où ton père l’a encore déniché, celui-là ?… (Un petit silence.) Des engrais !… (Elle hoche la tête.) Ça me paraît une fameuse blague ! (Un silence… Germaine est revenue s’asseoir près de la grande baie vitrée.) Quelle heure est-il ?
Germaine. — Six heures.
Mme Naturel. — Six heures, déjà !… Et ton père va rentrer !… Avec qui ?… Le diable le sait, par exemple !… Ma foi, tant pis ! Je ne ferai pas tuer de poulet. Ils s’arrangeront avec ce qu’il y a… Germaine !…
Germaine. — Quoi ?
Mme Naturel. — Il est temps que tu descendes à la cave chercher le vin…
Germaine. — Je t’ai déjà dit que je n’irai plus à la cave… Tu as des domestiques !
Mme Naturel. — Des domestiques qui me grugent, qui me volent, oui !… Hier encore, il manquait cinq bouteilles dans le tas du milieu !…
Germaine. — Si tu leur montrais plus de confiance, ils te voleraient peut-être moins… Et puis, que veux-tu qu’ils fassent d’autre dans une maison où ils n’entendent jamais parler que de rouler les gens ?… Sois tranquille… jamais ils ne voleront autant de vin que des personnes que je connais ont volé de millions…
Mme Naturel, sévère. — Germaine ! (Elle se lève avec effort.) Je te défends de parler de la sorte !… (Elle pose sur une table le tricot qu’elle froisse.) Est-ce encore pour ton père que tu dis cela ? (Silence de Germaine qui, les yeux plus vagues, le menton dans la main, regarde le paysage, au delà des jardins et du parc.) Ton père a des défauts… de grands défauts… Je suis la première à en souffrir et à les lui reprocher. Il est vantard, vaniteux, inconsidéré, c’est possible !… Il aime à tromper les gens !… Dame ! dans les affaires !… Mais enfin, ton père est ton père… Ce n’est pas à toi de le juger.
Germaine. — A qui donc, alors ?