Le Hollandais est un bon colonisateur. Il a su tirer, de ses magnifiques établissements dans l'Inde, des profits considérables. Mais il a trouvé, là-bas, peu à peu, son maître, dans le Chinois. À Java, le Chinois sourcille de partout, s'infiltre et s'étale partout... C'est une sorte d'eau envahissante, conquérante, que le Hollandais ne peut pas endiguer et qui menace de le submerger...
Un ancien consul, retiré à Arnheim, M. X..., m'a conté cette anecdote caractéristique:
À Canton,—il y a vingt ans de cela—M. X... avait à son service un boy chinois, d'une intelligence, d'une souplesse, d'une fidélité extraordinaires... Valet de chambre, secrétaire, cuisinier, tailleur, bottier, musicien et poète, ce boy était tout... tout ce qu'on voulait...
—Je l'aimais beaucoup, me dit M. X..., et lui, paraissait s'être attaché à moi, pour la vie... Une perle!...
Un jour, le consul fut envoyé à Batavia, chargé par le gouvernement d'une affaire importante. Sachant combien il tenait à cet excellent serviteur, des amis lui conseillèrent de le laisser à la maison...
—Aussitôt là-bas... il sera circonvenu, pris, embauché par des compatriotes... Vous ne le reverrez plus...
Son boy? La fidélité même... Allons donc!... Les autres boys, peut-être... mais le sien?... C'était absurde... Il l'emmena. À Batavia, au débarquement, il laissa son petit bonhomme se débrouiller avec les bagages, et lui recommanda de les apporter au palais du gouverneur, où il devait loger, durant son séjour, et où il se rendit sans plus tarder. Deux heures, fois heures, quatre heures se passèrent... Pas de boy... Qu'était-il donc arrivé?... Il envoya aux informations: pas de boy... Très inquiet, M. X... allait prier le gouverneur de mettre sur pied la police, quand, vers le soir, un commissionnaire nègre vint apporter les bagages et une lettre. La lettre était du boy... Il y expliquait, avec beaucoup de regrets, qu'il était obligé de quitter son service, vu qu'il était installé horloger, dans un beau quartier de Batavia... Horloger?... Déjà!... C'était une plaisanterie, sans doute... M. X... courut à l'adresse indiquée. Il entra dans une petite boutique, et vit, assis devant l'établi, la loupe à l'œil, le boy, qui, avec une aisance parfaite, examinait le mécanisme d'une montre...
—Tu es fou!... cria M. X... Qu'est-ce que cela veut dire?...
Alors, le boy raconta que, durant qu'il attendait les bagages, un vieux Chinois l'avait abordé... Ils avaient longtemps causé, discuté...
—Qu'est-ce que tu veux faire? avait dit le vieux Chinois... Veux-tu être tailleur... cuisinier... médecin... horloger?... Quoi?... Dis ce que tu veux...