Il prit une feuille de papier jaune, avec quoi il enveloppa le morceau de fromage qu'avait acheté la vieille femme.
Rentré chez lui, fou de joie, Monet étala «ses images». Parmi les plus belles, les plus rares épreuves, qu'il ne savait pas être d'Hokousaï, d'Outamaro, des femmes, à leur toilette, des femmes au bain, des mers, des oiseaux, des arbres fleuris, il en vit une qui représentait un troupeau de biches, et qui lui paraissait être une des plus étonnantes merveilles de cet art étonnant. Il sut, plus tard, qu'elle était de Korin...
Ce fut le commencement d'une collection célèbre, mais surtout d'une telle évolution de la peinture française, à la fin du XXXe siècle, que l'anecdote garde, en plus de sa saveur propre, une véritable valeur historique. Ceux qui voudront étudier sérieusement cet important mouvement de l'art, qu'on appela du nom d'impressionnisme, ne peuvent la négliger...
Aujourd'hui qu'on célèbre tant d'anniversaires, inutiles et ridicules, ne pourrait-on célébrer avec une pompe particulière l'anniversaire de cette journée émouvante et féconde, où un grand artiste français se rencontra, pour la première fois, à Zaandam, avec une petite estampe japonaise?...
Je crois bien que, nulle part ailleurs, l'émotion de Claude Monet n'eût été plus forte. C'est que l'art extrême-oriental, on le voit apparaître, partout, en Hollande, et sortir, on dirait, de l'eau. Il est vrai que dans les ports d'Occident—et toute la Hollande n'est qu'un grand port—les bateaux rapportent avec eux des parcelles, des éclats de l'Orient, et de ses créations qui sont obligées de lutter, de subtilité comme de splendeur, avec la lumière même.
Venise, vêtue de drap noir, regorgeait de ces richesses transmarines, et son climat n'eût peut-être pas suffi, seul, à produire, pour l'enchantement du monde, les yeux de Titien.
Le hasard uniquement fit que Rubens n'ouvrit pas les siens à Anvers, où commerçait, avec l'Europe, de toutes les marchandises d'outre-mer, la plus grande flotte marchande du monde. Ses parents l'y ramenèrent de bonne heure, et il y a passé la partie de sa vie peut-être la plus féconde. De sorte qu'il tira des quais fameux de l'Escaut, outre l'arrangement des lignes et l'ampleur ornementale de ses compositions, une part au moins de la magnificence, dont il distribua, entre les souverains et les belles femmes de son temps, les éblouissantes effigies.