Il me considérait en souriant, mais sans répondre...

—Vous n'êtes donc plus à Grenoble? Je vous croyais à Grenoble... riche... heureux?... Et votre usine d'énergie électrique?... Vous n'êtes donc plus marchand d'énergie?

À toutes mes questions, il secouait la tête, et il souriait.

—Qu'est-ce que vous faites ici?

Je connais trop mon ami Weil-Sée pour imaginer qu'il pût vivre en Hollande, n'importe où d'ailleurs, sans motifs sérieux... Je savais sa sagesse à trouver du plaisir en tout, mais à le trouver, principalement, dans un frémissement d'activité toujours nouvelle. S'il était en Hollande, ce ne pouvait être que pour quelque découverte fabuleuse, pour quelque colossale entreprise.

—Qu'est-ce... qu'est-ce que vous faites ici?

Et je répétai:

—Vous n'êtes donc plus marchand d'énergie à Grenoble?

—Non... se décida-t-il à me répondre enfin... Je ne suis plus marchand d'énergie. Je place des risques... je place des risques... ici... à Rotterdam... des risques, mon cher.

D'un autre, j'eusse pu croire à quelque bouffonnerie, et même—à considérer ses yeux un peu fixes et le sourire durable que la mauvaise qualité de ses dents ne parvenait pas à gâter—à de la folie. Mais il ne m'est jamais arrivé de douter de mon ami Weil-Sée, de la solidité de son intelligence. Je l'écoutais avidement, en me laissant entraîner vers sa table, au fond de la salle, ou plutôt, je le suivais, sans même en avoir été prié, car Weil-Sée a une telle horreur de la violence qu'il n'oserait pas entraîner son meilleur ami par le bras, fût-ce vers un trésor.