Il ne sait pas très bien distinguer entre ce qui m'appartient et lui appartient, et confond volontiers ma bourse avec la sienne. Depuis trois ans, l'extraordinaire, c'est que le réservoir d'essence de ses voitures, grâce à une fatalité diabolique, a sans cesse des trous, des trous invisibles, par où la motricine coule et fuit, et qu'on ne peut pas arriver à boucher... Exemple fâcheux, et contagion plus rare, le réservoir d'huile imite son voisin à la perfection.
À chaque fin de mois, lorsque Brossette m'apporte son livre, la même conversation s'engage, chaque fois, entre nous...
—Voyons, Brossette, je n'y comprends rien. Le mardi 17, vous me marquez cinquante-cinq litres d'essence.
—Sans doute...
—Bon. Le mercredi 18, encore cinquante-cinq litres...
—Bien sûr...
—Bon... Mais rappelez-vous?... Le mercredi, nous ne sommes pas sortis...
—Évidemment... sans ça!...
—Et je vois que, le jeudi 19, c'est encore cinquante-cinq litres...