Nous avons revu le mari de la dame à la chemise... Interrogé par Gérald, le portier nous apprend qu'il s'appelle le comte K..., qu'il est Russe..., délégué au Congrès de la Paix..., enfin quelque chose comme ça... Et il raconte:
—C'est un monsieur pas commode... Il grogne toujours... et d'une violence!... Chaque fois qu'il sort en ville, il a de mauvaises affaires avec quelqu'un. L'autre soir, au théâtre, il a souffleté le contrôleur. Hier, il a pris à la gorge, dans sa boutique, un boutiquier. Ce matin même... monsieur ne sait pas?... on a eu toutes les peines à l'empêcher de jeter par la fenêtre le valet de chambre de l'étage... Enfin, il a lancé une carafe de vin à la tête du maître d'hôtel... le pauvre diable est très blessé... Il ne peut dire un mot qui ne soit une injure, faire un geste qui ne soit un coup de poing... Le patron voudrait bien le renvoyer... Mais quoi! il dépense beaucoup... Et ce serait peut-être des histoires... des complications internationales.
—La guerre, parbleu!
—Hé!... on ne sait pas.
Après un petit silence. Gérald demande encore:
—Et sa femme?
Le portier, qui est un homme superbe, musclé et râblé comme un athlète, sourit. Il lisse ses moustaches, claque de la langue, redresse son cou de taureau, où je vois des tendons se bander comme des cordes. Il ne répond pas tout de suite. Un moment, j'admire sa force et l'or qui resplendit à sa casquette, au col de sa redingote, aux revers de ses manches...
Puis, avantageux et rêveur, il murmure:
—Dame!... avec un homme comme ça... vous pensez bien!...