Que de fois, arrivant le soir, dans un hôtel de Normandie, par exemple, j'ai dû m'enfuir devant les saletés de la chambre, les draps douteux, les poussières accumulées des rideaux, les crasses pullulantes des tapis, et, surtout, devant ces odeurs ammoniacales qui, des couloirs, par les fentes des portes, s'infiltrent, pénètrent, imprègnent tous les objets!... Que de fois me suis-je résigné à coucher dans mon auto, comme un forain dans sa roulotte, à l'entrée des villes, sous les arbres des promenades, et mieux, en plein champ, où l'on respire un air moins mortellement humain!...

Et je me souvenais qu'un jour, dans une ville du Morvan, descendu à l'hôtel, un petit hôtel coquet, récemment remis à neuf, selon l'Évangile du Touring-Club, je m'étonnai de voir combien étaient ignominieusement tenus ces réduits intimes, aux lambris de faïence, qui, pourtant, s'il fallait en croire la marque de fabrique, arrivaient directement d'Angleterre. Vivement, je me plaignis au patron qui me répondit d'un air découragé:

—Ah! ne m'en parlez pas, monsieur...

—Mais si... mais si... au contraire, je veux vous en parler...

—Que voulez-vous? Ce n'est pas de ma faute, je vous assure... Je veille pourtant, je veille... Mais les Français, qui savent tant de choses, ne savent pas c.... Ça, ils ne le savent pas!... Ce sont des cochons, monsieur...

Il s'emporta:

—Vous avez bien vu?... J'ai collé des affiches... des affiches, où j'explique la façon de se servir de ces appareils... Eh bien, non... Ils ne veulent pas... Ils montent toujours dessus... C'est dégoûtant!...

Et il ajouta, car ce Morvandiau était, malgré tout, optimiste:

—Peut-être qu'avec tous ces sports... oui, enfin... avec l'automobile, apprendront-ils à c... comme tout le monde. J'ai confiance dans les sports, monsieur... Mais, sapristi!... il y a à faire... il y a à faire...

—À faire autrement, grommelai-je.