On peut ne pas aimer Bruxelles. C'est d'ailleurs le cas de beaucoup de Bruxellois et non des moindres.
Voyez le roi Léopold qui n'y est jamais, qui multiplie les occasions de n'y jamais rester, qui est partout, en France, en Italie, en Suisse, en Allemagne, en Angleterre, qui est en chemin de fer, en yacht, en automobile, mais jamais en Belgique.
—C'est ainsi, confessait-il gaiement, un soir d'Élysée Palace, à un de mes amis, lequel sait parler aux rois, c'est ainsi que j'ai pu garder la vivacité de mon esprit, la sûreté de mon goût, et cette jeunesse qui impressionne tant les femmes... Et puis, que voulez-vous?... J'ai de si grosses affaires, dans tant de pays...
—Même en Belgique, sire...
—Oui... je sais bien... faisait-il en hochant la tête... en Belgique, j'ai un peuple... Mais j'ai aussi, ailleurs, une fortune énorme, qui me cause beaucoup de tracas... Il faut bien que je l'administre...
Voyez tous les poètes, tous les écrivains, tous les artistes bruxellois et ixellois qui, dès l'âge le plus tendre, en cohortes serrées, s'empressent de déserter leur capitale, et s'en viennent à Paris, afin, sans doute, d'y apporter un peu de cet accent savoureux qui manque encore à notre littérature, et d'y gagner rapidement cette consécration décorative et lucrative qui manque tant à la leur...
Et comme ils ont raison.