—Reste.... Je t'aimerai.... Sur la côte, souvent, je t'ai suivi.... Souvent, près de la maison que tu habites, j'ai rôdé.... Je voulais de toi.... Reste!
—Mais laisse-moi donc! Tu ne vois pas que tu me dégoûtes!...
Et comme elle se penchait à mon cou, je l'ai battue.... Elle gémissait:
—Ah! ma Doué! il est fou!
Fou!... Oui, je suis fou!... Je me suis regardé dans la glace et j'ai eu peur de moi.... Mes yeux agrandis s'effarent au fond de l'orbite qui se creuse; les os pointent, trouant ma peau jaunie; ma bouche est pâle, tremblante, elle pend, pareille à celle des vieillards lubriques.... Mes gestes s'égarent, et mes doigts, sans cesse agités de secousses nerveuses, craquent, cherchant des proies, dans le vide....
Fou!... Oui, je suis fou!... Lorsque la mère Le Gannec tourne autour de moi, lorsque j'entends glisser ses chaussons sur le plancher, lorsque sa robe me frôle, des pensées de crime me viennent, m'obsèdent, me talonnent et je crie:
—Allez-vous-en!... mère Le Gannec, allez-vous-en! Fou!... Oui, je suis fou!... Souvent la nuit j'ai passé des heures à la porte de sa chambre, la main sur la clef de la serrure, prêt à me précipiter dans l'ombre.... Je ne sais ce qui m'a retenu.... La peur, sans doute; car je me disais: «Elle se débattra, criera, appellera, et je serai forcé de la tuer!...» Une fois, surprise par le bruit, elle s'est levée.... Me voyant en chemise, les jambes nues, elle est restée un moment stupéfaite.
—Comment!... c'est vous, nostre Mintié!... Qu'est-ce que vous faites ici?... Êtes-vous malade?
J'ai balbutié des mots incohérents, et je suis remonté....
Ah! que l'on me chasse, que l'on me traque, que l'on me poursuive avec des fourches, des pieux et des faux, comme on fait d'un chien enragé!... Est-ce que des hommes n'entreront pas, là, tout à l'heure, qui se jetteront sur moi, me bâillonneront, et m'emporteront dans l'éternelle nuit du cabanon!