Elle descendait toujours sans détourner la tête. Je la rattrapais.
Près d'elle, près de cette robe, de ces plumes, de ces fleurs, de ces bijoux, la fureur me reprenait.
—Allons, remonte, ou je te casse la tête sur ces marches.
Et, dans la chambre, je tombais à ses pieds.
—Oui, ma petite Juliette, j'ai tort, j'ai tort.... Mais je souffre tant!... Aie un peu pitié de moi!... Si tu savais dans quel enfer je vis!... Si tu pouvais, avec tes mains, écarter les cloisons de ma poitrine et voir ce qu'il y a dans mon cœur!... Juliette!... Ah! je ne peux plus, je ne peux plus vivre comme ça!... Une bête aurait pitié de moi, je t'assure.... Oui, une pauvre bête aurait pitié!
Je lui pressais les mains, j'embrassais sa robe....
—Ma Juliette!... je ne t'ai pas tuée ... j'en avais le droit pourtant, je te le jure ... je ne t'ai pas tuée!... Tu devrais me tenir compte de cela.... C'est de l'héroïsme, car tu ignores, toi, ce qu'un homme qui souffre et qui est seul, toujours, peut concevoir de choses terribles et vengeresses.... Je ne t'ai pas tuée!... J'espérais, j'espère encore!... Reviens à moi ... j'oublierai tout, j'effacerai tout, mes douleurs et nos hontes ... tu seras pour moi la plus pure, la plus radieuse des vierges.... Nous nous en irons très loin ... où tu voudras.... Je t'épouserai!... Tu ne veux pas?... Ce que je te dis, tu crois que c'est pour t'avoir à moi, davantage? Jure que tu changeras d'existence, et je me tue là, devant toi!... Écoute, je t'ai tout sacrifié, moi!... Je ne parle pas de ma fortune ... mais ce qui faisait autrefois la fierté de ma vie, mon honneur d'homme, mes rêves d'artiste, j'ai tout abandonné, sans un regret, pour toi.... Tu peux bien me sacrifier quelque chose à ton tour.... Et qu'est-ce que je te demande? Rien ... la joie d'être honnête et bonne.... Se dévouer, ma Juliette, se dévouer, mais, c'est si grand, si noble!... Ah! si tu connaissais la volupté du sacrifice?... Tiens!... Malterre, il est riche, lui.... C'est un brave garçon, meilleur que les autres, il t'a aimée!... J'irai chez lui, je lui dirai: «Vous seul pouvez sauver Juliette, la retirer du monde où elle vit.... Revenez à elle ... et ne craignez rien de moi ... je partirai....» Veux-tu?...
Juliette me regardait, étonnée prodigieusement. Un sourire inquiet errait sur ses lèvres.... Elle murmura:
—Allons, mon chéri, tu dis des bêtises.... Ne pleure pas, viens!
M'en allant, je continuais de gémir: