C'est tout ce que je rapportai de cette désastreuse aventure, où m'avait si malencontreusement conduit la protection d'un ministre qui se disait mon ami.

J'étais outré.

J'avais d'autant plus le droit d'être outré que, tout d'un coup, au plus fort de la bataille, le gouvernement m'abandonnait, me laissait sans soutien, avec ma seule betterave comme amulette, pour s'entendre et pour traiter avec mon adversaire.

Le préfet, d'abord très humble, n'avait pas tardé à devenir très insolent; puis il me refusait les renseignements utiles à mon élection; enfin, il me fermait, ou à peu près, sa porte. Le ministre lui-même ne répondait plus à mes lettres, ne m'accordait rien de ce que je lui demandais, et les journaux dévoués dirigeaient contre moi de sourdes attaques, de pénibles allusions, sous des proses polies et fleuries. On n'allait pas jusqu'à me combattre officiellement, mais il était clair, pour tout le monde, qu'on me lâchait… Ah! je crois bien que jamais tant de fiel n'entra dans l'âme d'un homme!

De retour à Paris, fermement résolu à faire un éclat, au risque de tout perdre, j'exigeai des explications du ministre que mon attitude rendit aussitôt accommodant et souple…

—Mon cher, me dit-il, je suis au regret de ce qui t'arrive… Parole!… tu m'en vois tout ce qu'il y a de plus désolé. Mais que pouvais-je?… Je ne suis pas le seul, dans le cabinet… et…

—Je ne connais que toi! interrompis-je violemment, en faisant sauter une pile de dossiers qui se trouvait, sur son bureau, à portée de main… Les autres ne me regardent pas… Les autres, ça n'est pas mon affaire… Il n'y a que toi… Tu m'as trahi; c'est ignoble!…

—Mais, sapristi!… Écoute-moi un peu, voyons! supplia le ministre. Et ne t'emporte pas, comme ça, avant de savoir…

—Je ne sais qu'une chose, et elle me suffit. Tu t'es payé ma tête… Eh bien, non, non! Ça ne se passera pas comme tu le crois… À mon tour, maintenant.

Je marchais dans le bureau, proférant des menaces, distribuant des bourrades aux chaises…